SURINAME Le saccage d’un sanctuaire écologique

La lente destruction du parc naturel de Brownsberg (12 200 ha) - 130 km au sud de Paramaribo - est le dernier exemple en date des conséquences de l’activité aurifère anarchique, de l’incurie politique et de la corruption. En 1970, en avance sur son temps1, le gouvernement surinamais cède cette zone riche en biodiversité à la Stinasu - charge à cet organisme d’en assurer la promotion et la protection pour une durée de 75 ans. Dans la communauté Saramaka, depuis les temps du marronnage, c’est un lieu sacré où, à certaines occasions - décès d’un granman par exemple - les hommes viennent cueillir des plantes pour la cérémonie funèbre et chasser le gibier pour nourrir l’assemblée. De la ruée vers l’or au XVIIIe jusqu’à la création du parc en 1965, les pork-knockers2 y travaillent à la batée. Porte ouverte sur la forêt tropicale humide, Brownsberg est un lieu rêvé pour l’observation scientifique, l’éducation à l’environnement et, naturellement, l’écotourisme. 10 000 visiteurs s’y rendent chaque année : ils sont Surinamais, étrangers, touristes, étudiants, chercheurs, randonneurs, observateurs d’orchidées, d’oiseaux, de singes ou encore photographes. Un petit paradis que saccagent aujourd’hui les orpailleurs illégaux armés d’engins hautement destructeurs. Dans son reportage accablant réalisé en début d’année, le WWF Guianas fait état d’environ 2 500 travailleurs opérant en toute impunité sur des dizaines de sites dans l’enceinte du parc. Le bain sous les cascades, grande attraction populaire, est à classer au rang des souvenirs, les criques ayant été détournées. Faune et flore ont subi des dommages considérables et les conséquences du braconnage sont encore difficiles à évaluer. Et la Stinasu, en charge de son intégrité, a lamentablement failli. Accusé de corruption, son directeur est entre les mains de la justice surinamaise - comme celui du parc, arrêté pour escroquerie, fraude et extorsion de fonds. Reste aux autorités à revégétaliser les espaces lourdement dégradés et poursuivre le vaste chantier de restructuration du secteur de l’or entamé en 2011...

[1] Le premier Sommet de la terre a eu lieu en 1972 à Stockholm. [2] Chercheurs d’or.

Photo de Atelier Aymara

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