Jacqueline Manicom (1935-1976), une voix caribéenne
« J’accouche des femmes qui sont désespérées, qui mettent au monde des enfants qu’elles n’avaient pas envie d’avoir mais qu’elles n’ont pas pu éviter d’avoir (…) Je vois aussi des femmes qui se sont fait avorter de manière clandestine ». Le 8 novembre 1972 s’ouvre en région parisienne le procès de Michèle Chevalier. Elle est accusée d’avoir aidé sa fille, victime d’un viol, à avorter. L’avocate Gisèle Halimi a décidé d’utiliser l’affaire pour défendre le droit à l’avortement. Des témoins prestigieux défilent à la barre : Jacques Monod, Michel Rocard, Delphine Seyrig, Simone de Beauvoir, Françoise Fabian, etc. Jusqu’à cette sage-femme guadeloupéenne, Jacqueline Manicom, qui raconte son expérience quotidienne dans un hôpital parisien. Son récit frappe l’auditoire et un silence lourd s’installe après sa déposition, comme s’en souviendra Gisèle Halimi dans ses mémoires.
Ce témoignage de Jacqueline Manicom n’a pas été cité par la presse de l’époque. Comment s’en étonner ? La sage-femme est alors inconnue du grand public. C’est en effet un parcours bien singulier qui l’a amenée des campagnes de Guadeloupe à ce tribunal de banlieue parisienne. Un parcours auquel je viens de consacrer une biographie, fruit de deux ans d’enquête (Jacqueline Manicom la révoltée, éditions de l’Atelier, 2025). Il serait malaisé de le retracer en quelques lignes, mais on peut en rappeler rapidement quelques étap......
