Vénézuéla Les animaux sauvages victimes collatérales de la crise

La grave récession qui a débuté en 2014 avec l’effondrement des revenus pétroliers tourne à la crise humanitaire. Selon certains experts, l’État est entré en faillite. Cette année l’inflation pourrait atteindre 13 000 % ! La pauvreté touche actuellement plus de 80 % de la population. Les services publics, la productivité agricole et le transport des marchandises se dégradent. Les magasins sont vides. Or il faut pouvoir s’alimenter.
L’accès à la nourriture devient crucial Affamés, les Vénézuéliens se réfugient par centaines de milliers au Brésil, en Colombie, au Chili… Les moins bien lotis font les poubelles. Dans l’estuaire du lac Maracaibo - autrefois fleuron de la production pétrolière vénézuélienne -, certains s’attaquent même aux animaux protégés. Dauphins, flamants, tortues de mer ou encore ânes sauvages sont chassés pour leur viande. Au zoo les animaux ne sont pas épargnés. Les parcs, qui eux aussi n’arrivent plus à se ravitailler en nourriture, signalent régulièrement la disparition d’animaux… qui finissent dans les casseroles. Ces crimes contre l’environnement restent souvent impunis ou les sanctions sont très clémentes : trois jeunes hommes qui avaient abattu un âne sauvage et vendu sa viande ont été condamnés à venir pointer au tribunal pendant 30 jours, et deux autres personnes coupables d’avoir abattu et revendu une soixantaine d’oiseaux protégés ont été astreintes à effectuer des travaux d’intérêt général. Selon l’avocat José David Muñoz, membre de l’Association pour la Défense et la Protection des Animaux (Asodepa), la législation actuelle est obsolète et inadaptée. Pourtant, un projet de loi allant vers davantage de fermeté avait bien été débattu en 2010 par les parlementaires, mais malheureusement « il avait été rejeté sous la pression de certains écologistes estimant que leur contribution n’avait pas été [suffisamment] prise en compte », se lamente-t-il. Toutefois, dans un pays qui affiche un des taux d’homicides les plus élevés au monde, où les étals sont vides et les émeutes de la faim fréquentes, la majorité des Vénézuéliens aurait probablement du mal à exiger plus de sévérité contre ceux qui s’attaquent aux « bêtes sauvages » pour survivre. Braconnage à la baisse ! La brutalité de la crise vénézuélienne modifie le rapport entre l’Homme et la faune, explique le biologiste Drai Cabello, président de l’Association civile pour la conservation de la biodiversité vénézuélienne (ConBiVe). Par exemple, la pénurie actuelle de carburant contribue à la destruction de l’habitat naturel des animaux et à l’augmentation de la déforestation, beaucoup de Vénézuéliens se trouvant contraints de couper les arbres pour se chauffer et cuisiner. Cette crise dramatique a parfois des effets inattendus : dans la région du parc national El Ávila, les actes de braconnage sont en baisse en raison du prix inabordable des munitions. « Il est désormais plus économique d’acheter du maquereau ou des sardines que des cartouches pour tuer les pacs et les cerfs », selon un rapport local. Source : Mongabay.com

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