Aquin, sur les traces des premiers Haïtiens de Guyane
C’est une de ces vieilles maisons créoles, un peu penchée et fraîchement repeinte, qui font le charme de la région. Une terrasse ombragée déserte, un mur jaune vif et des volets en bois satinés. C’est ici que vit Madame Sonia. On est au cœur de la ville, à deux pas de l’église St Thomas d’Aquin, rue David St Preux, et accessoirement, à une demi-journée de “tap-tap” de la capitale, Port-au-Prince. « Madame Sonia, c’est l’une des mémoires de la commune d’Aquin », nous a-t-on prévenus. Ça mérite bien une petite visite à l’improviste. Les portes sont closes, mais une voix venue de nulle part nous invite à patienter. On est accueilli par un air légèrement étonné suivi d’un grand sourire de politesse. Elle est « désolée », peut-être un peu gênée aussi, de recevoir « dans ces conditions » - sans doute une allusion à sa coiffure effectivement plus très fraîche et, c’est elle qui le dit, à sa « robe de maison (à fleurs) pas très présentable ». Pour la photo, il faudra donc repasser. « Demain dimanche, propose-t-elle. À la sortie de l’église, histoire d’être un peu mieux apprêtée ». C’est que mademoiselle (qui affirme avec autant de charme que d’humour « ne pas avoir encore 18 ans ») est du genre coquette, avec ses petites perles accrochées aux oreilles et ses fines pommettes constellées de tâches de rousseur.
