Camopi, une école entre deux mondes
S ans aucune formation dans l'éducation, sans savoir dans quelle classe nous devrions enseigner, ni où nous allions habiter, nous avons pris le taxico, le 4x4 et la pirogue jusqu’à Camopi, à la frontière avec le Brésil. La veille de la rentrée, nous avons ouvert le cahier de l’année précédente d’un de nos élèves. Les leçons étaient minutieusement écrites et le contenu laissait supposer que le niveau scolaire moyen n’avait rien à envier à celui de l'Hexagone. Le lendemain, nous avons fait face à une grande désillusion. Les enfants avaient surtout l’habitude de recopier ce qui était écrit au tableau, mais la majorité de nos CM2 déchiffrait encore avec difficultés. On a vite compris que leur entrée dans l’écriture et la lecture était rendue extrêmement compliquée du fait que tout, à l’école, se passe en français. Cette langue, les jeunes amérindiens ne l’entendent parler que par une seule personne au cours de leur scolarité : l’enseignant. Ils n’ont quasiment aucune occasion de la pratiquer (20 enfants par classe, c’est trop pour que chacun puisse faire entendre sa voix plus de quelques secondes par jour). À la maison, on parle le wayãpi ou le teko, et les échanges commerciaux se font la plupart du temps en portugais. Apprendre à lire et à écrire dans une langue étrangère est une gageure, et c’est pourtant le défi que doivent relever ces jeunes. Toutes les matières, des mathématiques à l’his......
