Conte Maskilili
Il a entendu les cris dans le village, et vu, du haut d’un grand mahot, le groupe d’hommes partir à sa poursuite. Un troisième enfant a disparu, et les villageois l’accusent. Il va donc falloir que recommencent la fuite et l’errance. Il ramasse son long bâton, son seul bagage, et s’enfonce dans la forêt, en courant aussi vite que ses pieds tordus le lui permettent. Du plus loin que sa mémoire remonte, Maskilili a toujours été le souffre-douleur. D’abord celui dont tout le monde se moquait, à cause de ses pieds tordus, puis les accusations dès que quelque chose n’allait pas au village, un poulet disparu, une casserole manquante, enfin les maladies des enfants, et tous les malheurs, petits et grands. Sa mère a été assassinée en le défendant et il a dû fuir en forêt. Depuis, il hait les hommes, ils sont mauvais. Les chasseurs sont sur sa trace. Maskilili court, autant que le lui permettent ses jambes torves. Il a appris à utiliser tous les supports, lianes, branches, troncs, qui au lieu de freiner sa progression lui sont autant d’appuis, de points d’ancrages, de supports et de tremplins. Pour dérouter les chiens, la voie des arbres est la seule possible, jusqu’à la prochaine crique. Il saute de branche en branche, fidèle à sa réputation de disparaître sans laisser de traces. La trouée d’un chablis l’oblige bientôt à redescendre et laisser son odeur à terre. Claudiquant, suant, bavant, sifflant de peur et de rage mêlées, il entend à nouveau la meute à ses trousses. Ce n’est pas l......
