« Notre rôle n’est pas seulement de financer les Outre-mer, mais d’accompagner la transformation de leur modèle économique » – Entretien avec Jérome Perrin
Boukan : BRED Banque Populaire est présente depuis longtemps en Outre-mer. Comment définissez-vous votre rôle dans ces territoires ?
Jérôme Perrin : Nous sommes un acteur économique engagé dans les territoires depuis plus de 40 ans. Un acteur qui s’inscrit dans le temps long, avec une ambition claire : favoriser la réussite des territoires et de leurs agents économiques en finançant et en accompagnant l’ensemble des projets des ultramarins. Notre raison d’être, c’est d’être présents aux côtés de nos clients, des décideurs et des territoires.
Le secteur bancaire est aujourd’hui très concurrentiel et très engagé. Dans les Outre-mer, où il y a beaucoup de créations d’entreprises et de besoins, les banques jouent un rôle essentiel. Chez BRED Banque Populaire, nous proposons un accompagnement spécifique selon les clientèles, avec des conseillers en agence et des experts métiers. Nous travaillons en proximité avec nos agences, nos centres d’affaires et nos centres de banque privée.
BRED Banque Populaire est une banque coopérative. En quoi cela influence-t-il votre manière d’agir ?
C’est très important de le souligner : nous sommes une banque coopérative, détenue par nos clients sociétaires. Cet ancrage coopératif et les valeurs qui l’accompagnent guident notre action. Nous nous inscrivons dans une démarche de long terme : notre rôle est d’accompagner les territoires et leurs acteurs aussi bien dans les périodes de croissance que dans les phases de fragilité. Cette présence durable traduit une conviction forte : la valeur se construit d’abord sur le terrain, au plus près des besoins réels, et non au gré des fluctuations des marchés financiers. Ce qui nous guide, c’est de permettre aux uns et aux autres de se réaliser et de se développer, dans le cadre de notre métier, avec une approche durable.
Les économies ultramarines ont leurs spécificités. Les outils bancaires classiques sont-ils adaptés ?
Les économies ultramarines ont en effet des spécificités fortes – insularité, dépendance aux importations, saisonnalité de l’activité, poids du secteur public, importance du tissu de TPE, exposition accrue aux risques climatiques. Si l’on se contentait d’appliquer mécaniquement les outils bancaires « standard », ils seraient insuffisants.
L’offre bancaire traditionnelle reste indispensable à condition d’être adaptée : critères d’analyse qui tiennent compte des réalités locales, durées et différés ajustés aux cycles économiques ultramarins, prise en compte des garanties publiques spécifiques et décisions réellement prises sur place, par des équipes qui connaissent le territoire et ses acteurs.
Nous partons de ce socle classique mais nous le complétons par des montages plus spécifiques lorsque c’est nécessaire, par exemple pour des projets structurants (énergies renouvelables, infrastructures, logement, équipements publics) ou pour accompagner la montée en puissance des TPE et PME locales.
La question du risque est souvent évoquée dans les Outre-mer. L’accès au crédit y est-il plus difficile ?
Notre politique de crédit est la même en Outre-mer que dans l’Hexagone. Évidemment, les marchés ne sont pas identiques : la Guyane n’est pas La Réunion, ni Mayotte, ni les Antilles. Certaines difficultés sectorielles peuvent être plus marquées ici ou là.
Mais prendre des risques fait partie de notre métier. Nous analysons les dossiers au cas par cas. L’important est d’être au plus tôt aux côtés de nos clients pour bien comprendre leurs projets, détecter les difficultés potentielles et les conseiller. Ensuite, c’est une attention constante. Mais le cadre et la politique commerciale restent identiques.
Pourtant, certains entrepreneurs ont le sentiment que l’accès au crédit est plus long et plus complexe.
Il est important, pour faciliter l’accès au crédit, que les dossiers soient structurés. Ce qui est essentiel, c’est de bien expliquer aux porteurs de projets ce qui est attendu pour qu’un financement puisse être correctement analysé. C’est notre rôle que de les accompagner en ce sens, aux côtés notamment des chambres de métiers, des chambres de commerce, qui sont également concernées. Des partenaires comme Réseau Entreprendre accompagnent d’ailleurs très bien les créateurs pour structurer leurs projets. Il serait sans doutes opportun de démultiplier ces actions.
Il existe de nombreux dispositifs publics, européens ou régionaux. Pourtant, l’accès aux financements reste difficile. Comment l’expliquer ?
Il y a effectivement beaucoup de dispositifs. Mais plus il y a de dispositifs, plus il y a de complexité administrative. Et plus la complexité administrative augmente, plus elle peut décourager les porteurs de projets. Il faudrait certainement simplifier ce cadre pour éviter de rigidifier ce qui est censé fluidifier et accompagner la dynamique économique.
Les entrepreneurs passent parfois plus de temps à monter des dossiers qu’à développer leur activité…
C’est possible. À notre niveau, nous intervenons une fois que le dossier est présenté. Mais il est vrai que la multiplicité des aides s’inscrit dans un cadre administratif très structuré, très français ou européen. Les dispositifs existent, mais leur complexité peut être un frein.
Les entreprises ultramarines rencontrent-elles des difficultés d’image lorsqu’elles souhaitent se développer dans l’Hexagone ?
Nous ne constatons pas de problématique particulière d’image. Au contraire, les entreprises ultramarines sont souvent extrêmement résilientes et agiles. Elles gèrent déjà beaucoup de complexité sur leurs territoires. Celles qui se développent sur le marché national — ou à l’international — ont généralement la capacité de réussir.
Si nous pouvons les aider à aller chercher de la croissance ailleurs, c’est précisément là où nous voulons être : un acteur de confiance capable de les accompagner, de leur présenter des écosystèmes, que ce soit dans l’Hexagone ou dans d’autres territoires où nous opérons. Notre priorité reste leur réussite sur leur territoire, mais pour celles qui souhaitent se développer plus loin de leurs bases, nous savons les accompagner.
D’ailleurs, notre engagement aux côtés de l’institut Choiseul, permet de mettre en lumière la nouvelle génération d’entrepreneurs ultramarins, à travers le classement 40 under 40, et de les accompagner dans le développement de leurs activités.
Les dispositifs publics semblent parfois plus orientés vers l’export régional que vers le marché national. Qu’en pensez-vous ?
Sur ces questions de continuité territoriale, nous pouvons accompagner nos clients et les orienter vers les bons partenaires lorsqu’ils nous sollicitent. Mais il s’agit davantage de dispositifs publics que du rôle d’une banque commerciale.
Constatez-vous une évolution des stratégies des entreprises ultramarines ?
Oui. De plus en plus d’entreprises ultramarines regardent avec intérêt le marché national, et pas uniquement leur écosystème régional ou l’international. Elles y voient parfois une forme de stabilité et de lisibilité dans certains secteurs. Cela suscite un intérêt croissant, ce qui était peut-être moins le cas par le passé.
Propos recueillis par Pierre-Olivier Jay
