Des allégories au blanc assumé
Les terrae incognitae ont longtemps embarrassé les cartographes désireux de percer les secrets des espaces inconnus. Dans les régions d’Outremer où les relevés de terrain n’étaient pas disponibles, les cartographes ont souvent fait figurer une information imaginaire. Des guerriers, des monstres marins et bien d’autres créatures fabuleuses ont ainsi pu être utilisés pour remplir les vides. Ce fut le cas, au XVIIe, en Guyane et plus largement en Amazonie avec le légendaire Lac Parimé (ci-dessous) autour duquel évoluaient des lions, des humanoïdes sans tête et des amazones. Il s’agissait alors de construire un mythe partagé tout en remplissant la carte ! À la fin du XVIIIe, les cartographes ont cependant commencé à refuser le recours commode aux allégories et aux approximations, et préféré laisser en blanc les territoires dont ils ne connaissaient parfois ni les noms ni les contours. Le plan de 1722 de l’Isle de Bourbon du Chevalier Denis Denyon en est un bon exemple. Les contours de l’île sont d’une précision jamais atteinte tandis que l’intérieur est laissé vide, habillé par une rosace d’orientation. La suppression des fantaisies de leurs auteurs n’a pas, pour autant, évacué l’imaginaire des cartes. Au contraire, les blancs sont immédiatement investis par l’imagination et les fantasmes de chacun, que l’on peut rapprocher d’un désir de découverte. D’où l’engouement po......